DE L’HOSPICE Á L’HÔPITAL DE BICETRE

 

 

 

 

Préface du Maire du Kremlin-Bicêtre

 

Des Bissestrois aux Kremlinois

 

L’histoire de l’Hôpital de Bicêtre est un témoignage aussi fascinant que riche d’enseignements sur les évolutions de la société française au cours des derniers siècles. Il est un condensé de l’histoire des hommes, des mentalités, des reculs et des progrès. L’Hôpital est, aussi, le pilier autour duquel notre ville s’est structurée et s’est développée. Car à défaut d’être ancienne, la ville du Kremlin-Bicêtre est riche de son histoire, de celle de son Hôpital. Une histoire qui débute en 1633.

Conçu à la demande de Louis XIII sur l’emplacement de l’ancien château de Bicêtre, l’Hôpital est destiné à la Commanderie de Saint Louis afin d’y loger des soldats invalides. Dix années plus tard, après son rattachement à l’Hôpital Général créé par Louis XIV, l’établissement participe à l’enfermement de ce que Paris compte comme vagabonds, indigents et estropiés.

Bicêtre devient alors, deux siècles durant, « le réceptacle de tout ce que la société a de plus immonde » (Sébastien Mercier, Tableau de Paris) et s’apparente à un « vaste égout où s’écoulait toute la boue du royaume » (Lamartine, Histoire des Girondins).

Les bâtiments servent tout à la fois d’hospice, de prison d’Etat et d’asile pour les aliénés terme générique pour qualifier les malades mentaux, les épileptiques et les idiots.

Les conditions d’hospitalisation et de traitement sont inhumaines. Les fous sont enchainés, les malades atteints de la vérole sont fouettés, purgés et saignés.

Dans ce climat de barbarie, l’aliéniste Philippe Pinel sera à l’origine entre 1793 et 1795 d’une véritable révolution dans le traitement des malades mentaux : suppression des saignées et de l’usage des chaînes chez les patients, traitements modernes basés sur les prémices de la thérapie psychiatrique… Peu à peu l’Hôpital Bicêtre évolue et devient un lieu de traitement en même temps qu’un asile précurseur.

Dans le même temps, des soldats napoléoniens de retour de la campagne de Russie sont soignés à l’hospice. Pour leur rendre hommage, un cabaretier ouvre un estaminet à proximité de l’hospice appelé : « Au Sergent du Kremlin ». Le nom du Kremlin est alors donné à une rue à proximité de l’Hôpital Bicêtre (l’actuelle rue du Général Leclerc).

Cette époque marque un tournant pour l’Hôpital. Tout au long du 19ème siècle,  l’établissement connaitra un réaménagement quasi intégral de ces bâtiments. Les aliénés seront séparés des indigents et des malades.

Le lieu-dit suit la même dynamique et se développe autour de l’Hôpital. Une population démunie s’installe dans des bicoques, dont des chiffonniers à l’origine du futur marché aux puces. Des entreprises s’implantent : briqueteries, peausseries… Le quartier développe sa vie propre et en décembre 1896 survient la séparation administrative avec la ville de Gentilly. La nouvelle commune prend pour nom Le Kremlin-Bicêtre, va devenir une ville à part entière.

Jusqu’au milieu du 20ème siècle, malgré l’essor des services de médecine et de chirurgie, l’Hôpital de Bicêtre est avant tout un centre d’hébergement et de long séjour.

Commence alors une fulgurante modernisation qui ne cessera, jusqu’à aujourd’hui, de faire de l’Hôpital un établissement à la pointe des innovations et de la qualité de soins.

En 1952 ouvre un hôpital d’enfants ; en 1957 est créé le 1er service de cardiologie infantile ; en 1964 est implantée la 1ère unité européenne d’hépatologie infantile.

Au début des années 1970, suite aux événements de mai 68, Bicêtre devient le siège de la faculté de médecine Paris Sud. Au fils des années, le CHU Bicêtre s’impose comme l’une des plus importantes structures hospitalières de l’AP-HP en matière d’enseignement et de recherche.

La spécialisation du CHU se poursuit et huit unités de recherche sont créées, dont la prestigieuse INSERM qui permettra au professeur Beaulieu et à ses équipes de mettre au point la pilule abortive et la molécule DHEA contre le vieillissement.

Au cours des vingt dernières années, bien d’autres évolutions sont intervenues. Quel chemin parcouru ! D’un lieu d’enfermement l’hospice de Bicêtre s’est transformé au cours des siècles en un Hôpital Universitaire de premier ordre au sein de la Vallée scientifique de la Bièvre où chercheurs, étudiants, médecins, infirmiers et agents expriment le meilleur d’eux-mêmes au service des autres.

Aujourd’hui, l’Hôpital Universitaire Bicêtre compte un bassin d’emplois de plus de 3000 agents hospitaliers et médecins et un important centre d’enseignement avec ces 4 600 étudiants inscrits en formation initiale et continue. Il est aussi un formidable emblème de la vitalité et de l’attractivité de la ville. 

Pour le maire que je suis, une réalisation pour laquelle je me suis battu prend un sens particulier : l’ouverture en 2009 d’une maternité permettant chaque année 3500 naissances d’enfants qui pourront se prévaloir d’être nés au Kremlin-Bicêtre. J’y vois une continuité symbolique : l’Hôpital donne naissance aux petits Kremlinois après avoir donné son nom lors de la création de la ville du Kremlin-Bicêtre.

A l’image de l’Hôpital, la ville s’est elle aussi développée ces dernières années pour rattraper ses retards en équipements et en services publics, pour renforcer son attractivité économique et son dynamisme. Chacun concourt désormais à faire progresser l’autre. La qualité de vie au Kremlin-Bicêtre rend attractif l’Hôpital qui lui-même participe au rayonnement de notre ville dans la métropole et au-delà. 

Je souhaite saluer le magnifique et solide travail réalisé par le professeur Patrice BOUREE et le professeur Alireza ENSAF qui nous donne à (re)découvrir ce patrimoine historique considérable.

Par la recherche minutieuse et foisonnante d’archives, de lithographies, d’esquisses, de portraits ou de photos d’époque, cet ouvrage sur l’Hôpital de Bicêtre nous fait aussi revivre des moments majeurs de notre histoire de France et nous livre les clés de la création de notre ville.

Il rappelle en cela que c’est dans le passé que l’on puise les ressources pour regarder vers l’avenir.

 

 

Jean-Luc LAURENT

Maire du Kremlin-Bicêtre

Député du Val de Marne

 

 

 

 

 

Préface du Professeur René CAQUET

Lisez ce livre

 

Patrice Bourée et Alireza Ensaf y relatent l’histoire d’un lieu exceptionnel : Bicêtre.

Une longue histoire faite de quelques fastes (ceux du Duc de Berry) et de beaucoup de misère, de tant de misère qu’elle « abreuvait de tristesse » Restif de la Bretonne et que, dans le langage populaire, Bicêtre devint synonyme de malheur (Molière, Trévoux, Littré).

Le Bicêtre d’aujourd’hui remonte à Louis XIII. C’est lui qui demanda à Lemercier de construire sur un château en ruines, un asile pour les soldats estropiés, vieux et caducs. Ils n’y restèrent pas longtemps. Le 27 avril 1656, l’Édit de Renfermement des pauvres, obtenu de Louis XIV par la grande bourgeoisie parisienne (et son expression dévote la Compagnie du Saint Sacrement) en faisait une prison.

Car le terme d’Hôpital général, utilisé dans l’Édit pour regrouper sous la même autorité Bicêtre, La Salpêtrière et Scipion ne doit pas faire illusion. Sous l’Ancien Régime l’hôpital c’est l’Hôtel Dieu, éventuellement Saint Louis en cas d’épidémie. A Bicêtre on ne soigne pas, on enferme. S’y trouvent bien quelques bons pauvres « estropiés et vieillards » mais ils sont la minorité, l’essentiel de la population bicestroise étant composée de « gueux et vagabonds » capturés par la police, d’enfants « imbéciles et épileptiques » jugés insociables, et bientôt de détenus sur lettre de cachet. Certes on y soigne des vénériens (syphilitiques) mais c’est parce qu’ils sont à la fois pêcheurs et contagieux ; ils ne sauraient trouver leur place à l’Hôtel Dieu. On trouve aussi à l’Hôpital Général beaucoup d’insensés : ils sont arrêtés par la police ou sont internés à la demande de leur famille et condamnés à être « détenus et enfermés à perpétuité au Château de Bicêtre ».

Pendant la Révolution, qui mit fin à l’Hôpital général, Bicêtre n’échappa point aux terribles journées de septembre 1792, durant lesquelles une foule de sans culottes parisiens envahit les prisons pour y rechercher et mettre à mort les « conspirateurs », alors que les patriotes français se battaient aux frontières. C’était quelques jours avant Valmy… et quelques mois après les premiers essais, à Bicêtre, d’un appareil inventé par un bon docteur bicestrois : la guillotine. Trois essais sur « les cadavres de deux prisonniers et d’une femme gâtée »(syphilitique) furent jugés suffisamment concluants par Guillotin, Cabanis, Cullerier et Pinel pour qu’ils en recommandent aussitôt l’usage.

 

En 1793 Philippe Pinel, fraîchement nommé à Bicêtre suivait les conseils de son surveillant Jean-Baptiste Pussin, et « délivrait les aliénés de leurs chaînes ». La signification de ce grand événement est aujourd’hui quelque peu contesté. Bien à tort.

Après la Révolution, Bicêtre fut progressivement transformé en hospice tout en abritant toujours une prison. En 1836, près d’un millier de détenus étaient encore emprisonnés aux Cabanons et à la Force. De Bicêtre partait la « chaîne » qui, trois fois l’an emmenait à Rochefort ou à Toulon les condamnés au bagne. (Relisez l’admirable Victor Hugo dans  » les derniers jours d’un condamné »). Ce ne fut qu’en 1849 lorsque fut fondée l’Assistance publique de Paris, que l’hospice de Bicêtre prit enfin les traits d’un hôpital.

De grands médecins s’y illustrèrent dont nous parlent Patrice Bourée et Alireza Ensaf. J’en retiendrai trois.

Paul Broca (1824-1880), fut le plus grand peut être. Il montra que le cerveau humain n’était pas une masse informe mais que ses fonctions y étaient localisées et latéralisées révolutionnant ainsi nos connaissances sur le langage. On sait moins que, logé à Bicêtre, il y fit pousser des bleuets dont il essaya, avant Mendel, de changer la couleur par hybridations successives. Il est considéré -, à juste titre-comme le fondateur de l’anthropologie.

Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909) qui décrivit à Bicêtre la maladie qui porte son nom, se consacra à la prise en charge des enfants idiots et épileptique, créa la fondation Vallée et fonda la pédopsychiatrie.

Pierre Marie (1853-1940) qui compléta les travaux de Broca sur l’aphasie, ceux de Basedow sur l’hyperthyroïdie, décrivit l’acromégalie et laissa une œuvre anatomo­pathologique considérable.

On notera que les deux premiers furent aussi des hommes politiques agnostiques et anticléricaux ; les membres de la Compagne du Saint Sacrement et les jansénistes qui administrèrent l’hôpital général ont du se retourner dans leurs tombes.

Depuis la réforme des études médicales de 1958, (la réforme « Debré ») et celle des Facultés parisiennes de 1968 (la réforme « Edgar Faure ») Bicêtre est devenu un hôpital moderne. Pour nous le décrire Patrice Bourée et Alireza Ensaf ont employé un moyen subtil. Ils ont choisi de consacrer des monographies aux femmes et aux hommes sous le vocable desquels se sont placées les équipes médicales ayant récemment œuvré à Bicêtre. Cette vieille habitude de donner un nom célèbre aux salles et aux laboratoires qui composent un hôpital est pleine de sens. C’est aussi bien une façon de remercier son patron que de s’attribuer une filiation scientifique ou d’affirmer ses convictions. Lisez donc attentivement les biographies de cet ouvrage.

 

Promenez-vous aussi dans Bicêtre le livre à la main. Vous y retrouverez facilement grâce à ses illustrations, les traces d’un passé passionnant.

 

 

Bonne lecture. Bonne visite.

 

 

René CAQUET

Ancien Chef du Service de Médecine Interne

Ancien Doyen de la Faculté de Médecine Paris-Sud

 

 

 

 

Préface de Madame Christine Welty

Les lieux porteurs d’une histoire si riche sont rares

 

Lieu chargé d’histoire, Bicêtre est un espace en perpétuelle mutation. Château, repaire de brigands puis prison, asile d’aliénés, hospice et aujourd’hui centre hospitalo-universitaire… : depuis le 13ème siècle, Bicêtre est le théâtre d’épisodes marquants de l’histoire française et d’évolutions structurelles témoignant des changements sociétaux.

Décor du roman de Victor Hugo, Le dernier jour d’un condamné, et souvent cité dans La comédie humaine d’Honoré de Balzac, Bicêtre représente le lieu archétypal des conditions de détention en vigueur au 19ème siècle.

Chaque année, ce sont de véritables leçons d’histoire in situ qui sont dispensées à Bicêtre à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, qui attirent de nombreux visiteurs.  L’ouvrage de Patrice Bourée et Alireza Ensaf contribue fortement à la valorisation de ce patrimoine inestimable.

Les lieux porteurs d’une histoire si riche sont rares. Ils constituent de précieux témoignages.  Mais ce qui rend Bicêtre si intéressant, c’est que,  loin d’être un espace figé tourné vers son passé, il continue d’évoluer et de marquer son époque.

Cet ouvrage, nourri de descriptions d’une grande acuité, de portraits saisissants et d’une iconographie soignée,  parvient à mettre en lumière le caractère vivant du patrimoine bicestrois. Tout le mérite en revient à ses auteurs qui ont réalisé un travail de documentation remarquable.

Une histoire qui continue à s’écrire au service de la population….

 

 

Christine Welty

Directrice des Hôpitaux

Universitaires Paris-Sud

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